Le blog d'une "prof de gommettes"

26 septembre 2020

Déballer des archives

Trouvaille d'un article qui n'avait pas été publié ici, mais qui a tout à fait sa place. Ecrit en Mars de l'année dernière, je vous laisse savourer une journée où il m'a fallu une bonne dose d'ironie pour terminer sans trop de dommages. 

 

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J'ai beau chercher, pas moyen de trouver un filtre potable pour cette photo. Au pire, admirez le radiateur derrière 🙌

Cette tenue s'appelle "m'enquiquine pas, j'ai une sinusite carabinée". Elle sous-entend beaucoup de choses :


1)J'ai eu une nuit tellement pourrie que ma priorité a été de faire mon sac de secours pour survivre à la journée : cachets, pschit, huiles essentielles etc ... j'ai donc eu environ 3mn pour choisir ma tenue.


2) Je voulais retourner dans mon lit. Immédiatement. ZUT !


3) Je souhaitais une journée à la Mary Poppins, avec les cuicui d'oiseaux, le soleil et les chevaux de bois. Au final je me suis retrouvée sous une pluie battante avec 28 loulous surexcités à l'idée d'aller à la piscine, à attendre le car. A 9h07 j'avais les chaussettes trempées, la capuche en berne et la chanson "sous l'océan" dans la tête. J'aurais donné cher pour voir Alex Ramiress  passer dans son costume de petite sirène. A la place, j'ai eu le factotum et son ciré fluo qui ruine les yeux et le droit de dévaliser le rouleau d'essuie tout pour éponger le sol / mes cheveux / mes lunettes / mes fringues  (pas dans cet ordre) en rentrant en classe. Je rêvais d'une douche chaude, de ma bouillotte en forme d'élan, d'un massage et du silence total. J'ai eu 28 harpies et le radiateur en panne à la place. Karma de m*****


4)Lorsque ma collègue a déboulé dans ma classe en criant "JE SAIS TOUT!" (alors que d'une main j'essayais de dompter ma crinière post-pluie, de l'autre je me mettais du pschit en essayant de ne pas éternuer, glamour forever) je lui ai répondu "MINCE, TU SAIS TOUT!". Damned je savais que j'aurai dû mieux cacher ce terrible secret. Si épouvantable. Si bien caché que je n'avais d'ailleurs aucune idée de ce dont elle voulait parler.


Au final c'était de l'épidémie qui ravageait la moitié de nos collègues. (Angine)

**La tenue était hyper confortable une fois sèche. Si confortable qu'elle m'a permis de piquer un petit roupillon à l'heure du déjeuner dans ma classe. Jusqu'à ce que ma collègue vienne gentiment se secouer, histoire que je ne ressemble pas à Beethoven (le chien) sous morphine en reprenant mes élèves. J'ai essayé de me planquer sous mon écharpe, en mode "Si je ne bouge pas, elle croira que je suis une pelote de laine géante. Mais ça a loupé. J'aurai dû prendre camouflage pendant ma formation, plutôt que "différencier pour mieux aider".

Mon écharpe en grosse maille aussi était confortable, si on en croit les énormes marques sur ma joue lorsque je me suis réveillée 😇 ... on aurait pu y jouer au morpion** 

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20 septembre 2020

Une journée de septembre ...

[Après un an et demi d'absence pour cause de classe absolument inintéressante ... on refait un bout de chemin ensemble ? C'est parti !]
8h30 : je débarque, j’ai une nouvelle élève. Un souci de papiers, je file au secrétariat.
 
8h40 : ils ont tous sorti leurs cahiers et agendas, en route pour noter les devoirs et préparer le cahier du jour. La maîtresse RASED débarque pour prendre les CE1 en évaluations nationales. On laisse tout en plan et on attaque les évaluations FAR dans la foulée.
 
9h00 : L**** dit à H****** qu’elle ressemble à une sauterelle. H***** ne goûte pas à son sens de l’humour et lance son crayon sur L***** mais atteint Be*****. Je stoppe la bagarre. Excuses, réprimandes, on reprend les exercices.
 
9h02 : « Vous prenez la page 6, on voit les consignes ensemble ». F****** n’a rien compris et fait la page 12 sans attendre. M***** demande quelle page. « La 6, je l’ai notée au tableau. » W******* me demande quelle page. Je montre le tableau en faisant les gros yeux. D**** me demande quelle page. Je respire profondément pendant que L**** l’insulte en lui disant « C’est la page 7, abruti » (loupé).

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9H20 : H***** éclate en sanglots. « Je saiiiiiigne . » J’imagine les gros bouillons, le sang qui s’échappe d’un doigt coupé ... elle a une petite peau qui vient de se détacher et UNE goutte de sang perle. J’inspire.
 
9H55 : fin de la récréation. F****** vient beugler que K***** lui tape dessus alors que « moi je fais jamais rien maîtresse ». On calme les esprits, j’ai vu F***** venir enquiquiner K******.
 
9h56 : J’essaye de mettre la troupe en rang, M****** et T****** viennent pleurer à gros sanglots en s’invectivant. Je ne pige rien, T***** a le tee-shirt qui pendouille au col. Une histoire de bousculade pour se ranger, l’un empoigne l’autre, crac, le col se déchire. Crise de nerfs pour les deux, ça pleure à chaudes larmes, ça crie ... j’ai le fou rire nerveux qui monte à les voir s’exciter comme des puces devant moi pour savoir qui se fera le plus disputer.
 
10h30 : on bosse sur les heures. Classe flexible bonjour (j’assume entièrement). Je me retrouve à plat ventre sur une table à expliquer comment on lit « 2heures » sur une pendule à J******* qui est installée au sol de l’autre côté du bureau. H***** me sourit à côté et me dit « J’ai tout compris». Je vois L**** qui montre à T*** comment on passe de 8h à 8h30 sur une pendule en plastique. J***** compte avec A**** les minutes sur une autre pendule d’entraînement. K**** et W**** travaillent sur mon bureau, parce que c’est « mieux pour se concentrer ».
 
10H40 : H******, le retour des pleurs. « J’ai perdu mes chaussoooooons ». Son voisin, blasé, lui montre que non, ils sont sous son cartable. J’inspire, j’inspire. Je m’étouffe avec mon masque. K*** s’affole : « la maîtresse est en train de mourir » (J’ai envie de lui dire « pas encore mais ça ne va pas tarder vu la journée).
 

 

11H00 : Je suis assise par terre (je suis verseau ascendante SDF) pour expliquer la différence entre le passé, le présent et le futur aux CE1 (assis aussi par terre parce que c’est mieux). « Donc si je dis : maintenant, je suis dans la classe, c’est du .... » « Passé ». « Bon ... on reprend. » D****** a une illumination : « Maîtresse, ce midi je mange des crevettes »... j’essaye de comprendre « tu voulais me faire une phrase au présent? » « Ah non, juste te dire que ce midi je mange des crevettes. » Aucun lien, fils unique (Cité de la peur, toussa), merci pour l’info capitale.
 
14h00 : sciences. Révisions de la semaine dernière. « Donc il y a deux sortes de microbes : les virus et les ... oui E****** ? »
« Non c’était juste pour savoir si je pouvais effacer le tableau après. »
 
14h35 : ma copine A***** arrive dans ma classe et me trouve perchée sur une chaise, les bras tendus, en train d’imiter un oiseau qui plane. Elle comprend mieux lorsque je lui montre le tableau : « Les courants d’airs ». Elle ne s’étonne pas. Un jour, elle m’a vu torpiller deux tables pour imiter le choc des plaques tectoniques (chapitre sur les volcans).
 
15H20 : on remonte de récréation. Je ferme la marche. Je monte et j’entends un brouhaha dans la classe. Les élèves viennent « Maîtresse, y’a L****** et K***** qui se battent ». Je retrouve les gars sans dessus dessous en train de se heurter comme des bœufs. Je m’interpose, prend un coup.
H***** en pleurs, 3e round : « H****, ils t’ont fait mal ? » « Non, je ne retrouve plus mon crayooooon ». Directrice avertie, mots dans les cahiers et tout le toutim.
 

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16H00 : ils sont tellement excités que le moindre changement demande une énergie énorme pour les contenir. Je leur donne un travail de repérage visuel. Retrouver l’objet manquant dans les images parmi quatre propositions. F****** et L***** commencent à se disputer pour savoir s’il faut donner au chat des lasagnes ou des croquettes « parce que Garfield il mange des lasagnes ».
M**** commence à pleurer parce qu’il a colorié la pagaie au lieu de la bêche pour le jardinier. K**** n’a rien compris et dessine des moustaches sur les personnages.
 

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16h30 : on range tout. J’aide J**** à remettre sa manche de blouson en jean. K**** m’a fait un dessin qu’elle met sur ma chaise (je fais semblant de ne rien voir). M***** aide S**** à faire son lacet. L***** referme le cartable de T**** qui s’est ouvert. W***** vérifie si H**** a bien rangé ses affaires. F***** me montre fièrement qu’il s’est appliqué à écrire son prénom sur la fiche à rendre. H**** me montre son goûter pour la garderie. Et L****** vient chuchoter à mon oreille « T’es belle, maîtresse. »
 
Je croise le regard de mon collègue d’histoire en descendant (il ouvre toujours sa porte quand il est dans la classe à côté de la mienne et il m’attend souvent dans l’embrasure). Il sourit devant mes yeux levés au ciel et me dit « viens écouter le slam de mes élèves après. Tu vas adorer. » (et j’ai adoré, en effet).
 
Et là j’écris tout, dans une classe silencieuse qui sent le thé à la vanille et le nounours à la guimauve. Prête à repartir sur les chapeaux de roue demain, malgré ces montagnes russes. Parce qu’au final, ces montagnes russes, elles me plaisent bien.

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29 septembre 2018

On voit le bout du tunnel !

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Je reviens 2 semaines après le dernier post (en mode "tuez-moi, pourquoi j'ai eu cette idée de classe flexible?")

 

pour continuer de raconter un peu ma vie pro, parce qu'elle est franchement passionnante (sinon, que faites-vous donc ici?) et parce que c'est réjouissant instructif de voir une instit pêter des câbles.

Heureusement pour moi, ma santé mentale, la santé de mes proches et celle de mes collègues, TOUT VA MIEUX. 

Ca a été folklorique, mais à celles qui pédalent dans la semoule, relevez la tête : on s'en sort. 

 

Il y a eu des moments franchement pénibles. Des moments où je me posais le midi dans ma classe, avec ma tasse de thé, et où je passais environ 20mn à fixer le vide en réfléchissant sur la disposition des tables, des chaises et tout le toutim. J'ai saoulé ma collègue, qui a été assez adorable pour ne pas appeler les services de santé et qui a écouté patiemment mes élucubrations : "si je mets la table là ... ça passe ? Et le plateau ? Et si je rajoutais des tapis ? " et en plus elle me donnait des conseils (je vous souhaite d'avoir une collègue comme ça un jour). Je suis restée jusqu'à 18h à l'école presque tous les soirs pour ranger/finir mes corrections/déplacer des meubles à la force de mes petits bras. Maintenant j'arrive à partir à 17h30. Youhou !! 

Valérie Damidot vivait en moi. De Gaulle vivait en moi quand mes élèves me faisaient des propositions et que je répondais "Je vous ai compris!". Parce que imaginer une classe sans élèves, et la voir ensuite vivre avec 27 loulous survoltés, je vous assure que ce n'est pas la même chose. Et mes élèves font partie intégrante de cette expérience, avec leurs propositions, leurs râleries, leur façon de parler assez directe.

J'ai serré les dents  pour le moindre truc ... notamment quand je me tue à leur préparer EN COULEUR une photocopie montrant comment présenter le cahier du jour et que j'en ai 12 sur 27 qui s'en tamponnent royalement le coquillard (expression made in Papa). J'ai serré les dents  quand A**** a fait tomber pour la 3eme fois le plateau et toutes ses affaires. J'ai serré les dents  quand E***** a perdu son cahier de Maths 2 semaines alors qu'il l'avait juste mis dans le casier de la voisine et qu'il m'a assuré, droit dans les yeux, que "oui maitresse j'ai regardé partout, même dans les casiers". J'ai serré les dents  quand L***** a shooté dans le coussin parce qu'il était dans son passage. J'ai serré les dents quand L **** a piqué une crise parce qu'il voulait être à côté de son copain (CM1, maturité, toussa, toussa ....). J'ai serré les dents quand j'ai vu que A*****, A*****, L***** et J**** n'avaient fait que 2 exercices sur leur plan de travail en 2 semaines alors que je m'épuise à inventer des exercices, des ateliers, des PDT un tant soit peu motivants. 

J'ai encore mes dents. Pour combien de temps? 

On a avancé en deux semaines, petit à petit. Je suis sortie de ma bulle, j'ai recommencé à raconter n'importe quoi le midi, à effacer de conversations le spectre de la classe flexible pour ne garder que le meilleur de nos moments entre collègues : les rires, les anecdotes, les aventures parfois un peu rocambolesques. J'ai mis mon ego et ma susceptibilité nouvellement créée de côté, pour accepter à nouveau les critiques. J'ai pu ressortir une robe par ci, un jean par là car j'ai arrêté de déménager mes meubles (mais ça va recommencer dans pas longtemps). 

Bon, arrêtons là, j'en viens aux explications. 

Mon dernier biller parlait de l'adaptation spatial de ma classe. Je rappelle vite fait : 39m2, 27 élèves. Sans compter les meubles. 

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Deux semaines plus tard, cette adaptation a fait ses preuves. J'ai revu également ma façon de travailler, qui convient à la fois aux ergo et aux élèves. Les élèves sont séparés en 4 groupes n'incluant pas le niveau (ils ont tiré au sort leur groupe, sauf pour les ce2)

- Groupe Bobby

- Groupe Yéti

- Groupe Sully

- Groupe Crystal (CE2)

Les noms proviennent du film "Monstres et Compagnie".

 

Le matin 

Nous commençons par trois temps communs

- La routine : ranger ses cahiers, ranger son cartable, s'installer, préparer son cahier du jour, relire les mots de la dictée. j'en profite pour faire l'administratif et pointer la cantine. 

- La langue des signes : grâce aux cours remarquables de LSF Combat que je suis assidûment, je leur apprends à parler un peu et à dire des phrases en langue des signes. 

- La dictée : tous les matins, une dictée flash qu'on écrit au tableau ensuite et qu'on corrige ensemble. 

Puis arrive les trois ateliers

- Un atelier Maths : un problème à résoudre, une fiche de calcul mental et une fiche de géométrie. (un groupe d'élèves). Flexible sauf pour la géométrie qui se fait sur table. 

- Un atelier Français : écrire 5 phrases avec de smots présents dans le petit carnet de mots, conjuguer un verbe et faire une enquête de grammaire. (un groupe d'élèves). Flexible ou sur table s'il y a de la place. 

- Le Plan de travail : exercices et leçons à travailler. (deux groupes d'élèves). Sur table uniquement.

Le tout pendant environ 40mn, puis on change. Les élèves qui ont terminé avant les ateliers embrayent sur le PDT. 

La récréation est assez tard (10h20). Pendant ce temps, je corrige dès qu'un élève a terminé et je remédie immédiatement si je vois qu'il y a de grosses difficultés. 

A cogiter

Une élève m'a dit qu'elle réussissait mieux à apprendre en écoutant les leçons (mémoire auditive). Ayant une mémoire photographique, j'avoue que je n'avais pas réfléchi à ce sujet. Je cogite donc pour un éventuel achat de dicataphone afin que les élèves puissent écouter les leçons, poésies etc... 

Après la récréation : calcul mental, lecture offerte (en ce moment nous lisons les contes de la rue Broca) et rangement de la classe. Je dois mettre en place aussi un rituel Histoire des Arts (je ne désespère pas)

Pause du midi : notre moment privilégié avec ma collègue (plus d'autres qui se rajoutent de temps en temps). J'adore avoir du monde dans ma classe, donc on fait un peu salon de thé. On fait chauffer la bouilloire, on sort les carrés de chocolat, parfois on a une collègue qui ne va pas bien (donc on fait "moment papotage remontage de moral"), on corrige nos cahiers, on râle contre les erreurs énormes que nos élèves font ("j'ai encore une fiche sans nom !"), on bavarde sur nos projets perso, nos sorties familiales, bref nous essayons de décompresser entre les 27 cahiers à corriger, les fichiers de maths et les évaluations. 

 

Retour à la classe

Temps commun : écriture des devoirs, cartables, lecture silencieuse, et DDM (Histoire le Lundi, Géo de Mardi, Sciences le jeudi ... bien sûr, c'est la théorie ^^)

Vers 14h30 (la récré est à 15h05), je lance les 3 ateliers (je dois avoir un truc avec le chiffre 3 ...)

- Atelier copie : copie de poésie, copie de texte, copie de lettres, bref, entrainement. C'est pas du luxe pour certains. (1 groupe, il dure toute la semaine car j'ai 4 groupes). Sur table uniquement.

- Atelier Arts/Littérature/Expression écrite/ copie de leçons : en fonction de ce qu'on doit étudier, cet atelier change pas mal car il est terminé en 2 jours pour tout le monde (j'ai 2 groupes à chaque fois). Sur table si c'est des arts ou de la copie de leçon, flexible si c'est de la lecture compréhension ou une autre activité où l'écriture n'est pas ma priorité. 

- Atelier Thème : cette période, nous étudions les dinosaures. Cet atelier regroupe des activités liés au thème de la période : pixel art, étude de documentaires, recherche ... (1 groupe, il dure toute la semaine). Flexible. 

 

Après la récréation, nous faisons beaucoup d'oral : anglais, EMC, présentations des élèves, lecture offerte (quand je vous dis qu'ils adorent), musique ... 

Et pour finir ce loooooong billet, mon EDT : 

EDT

 

 

Tout cela s'est constuit à coup de cerveau en surchauffe, d'essai, de ratage total, de discussion avec les élèves ( car ils sont au coeur de la problématique), de bidouillage d'urgence, de lecture intensives d'articles et de blogs flexibles (j'ai lu tellement d'articles en ergothérapie que je vais me réincarner en ballon de fitness), de discussion sans relâche avec les maitresses faisant aussi du flexible, de discussion aussi dans ma sphère privée (J'ai la chance d'avoir une famille et des amis en or, super réceptifs à mon travail et d'un soutien sans faille).

Ma vie sociale en a pris un sérieux coup (mais ça va se rattraper très vite!), j'ai usé beaucoup de mouchoirs, rongé tous mes ongles, choppé deux sinusites en 3 semaines, usé des cartons entiers de feuilles à plastifier (parfois pour un atelier qui a duré 3 mn ... là tu pleures ^^), bousillé une plastifieuse, déglingué une imprimante (réparée, ouf!), négligé mon aspect, laissé les lectures de côté pendant un mois, bu des litres de thé, dormi 4h par nuit, j'ai étalé mon b*rdel de maitresse dans TOUS les coins de la maison (jusqu'au pied du lit, mon homme est le mec le plus patient de la terre, je vous assure!) ...

Mais je vous dis une chose : 

Quand je vois la pêche que ça me donne quand je viens bosser à l'école ... Ca en vaut carrément la peine. 

 

Ma vie reprend son cours normal petit à petit, pour mon plus grand bonheur (même si je continue à cogiter sur la disposition spatiale, le matériel, toussa toussa ... on ne me changer pas! )

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15 septembre 2018

Deuxième semaine de flexible

Deuxième semaine de flexible, et après un craquage Mardi soir, je poursuis mes aventures. 

Mais avant je souhaiterai préciser plusieurs points : 

- Je tiens à remercier les maitresses qui ont la gentillesse de me répondre, et cela parfois à des heures complètement indues (la_classe_de_seve à 7h00 du matin, Maitresse Aurèl à 9h un samedi matin en pleine crise d'angoisse existentielle, Marie qui me rassure à toute heure ...). Sérieusement, vous voyez le niveau d'adorabilité ???? (je viens d'inventer ce mot)

- Je vais peut-être passer pour une chouineuse parfois. Ce n'est pas voulu. Sachez en tout cas que ce début d'année n'est pas facile, et que si ça ne vous plait pas, la croix rouge en haut à droite est faite pour vous. 

- En ce moment, j'ai plus envie de partager mon expérience  que de donner des ressources. Parce que je me dis que d'autres sont peut-être dans ce cas et que ça fait du bien de voir des maitresses qui se plantent totalement et qui frisent la crise cardiaque quotidiennement.

- Il est 10h20, je suis levée depuis 7h30, on est samedi matin et oui, je regarde Soeur-Thérèse.com 

 

Après cette introduction : 

Lundi a été une nouvelle cata, Mardi idem. Ce qui m'a obligée à repenser sérieusement mon organisation. Signe distinctif : je stressais avant d'arriver à l'école. Mauvais, très mauvais. Le souci étant que je n'ai pas les clefs de l'école, que je ne dispose que d'une heure le soir pour ranger un chantier digne des fouilles archéologiques de Toutankhamon et que ce manque de temps me stresse au plus haut point. 

Mardi soir, j'ai profité d'une réunion parents dans une autre classe (donc avec l'école qui ferme plus tard) pour prendre le temps de RANGER et de changer. J'ai viré mon U qui me prenait une place d'enfer, j'ai réalisé des ilôts, bougé des tables, changé les casiers de place ... Au final on respirait mieux, on circulait mieux et je me sens surtout mieux dans ma manière d'enseigner. 

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Ma classe avant (les carrés noirs sont les bureaux). La classe n'est pas à l'échelle, on ne pouvait pas circuler en réalité)

 

 

 

 

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Classe à présent 

 

Mon U ne me convenait pas car ma classe est étroite. Les élèves se retrouvaient engoncés dedans en flexible, se marchaient dessus, bref c'était le boxon. J'ai donc créé 2 îlots devant le tableau, pour accueillir les plans de travail. Les autres tables sont encore un peu en chantier, mais disponibles pour le travail plus pointu (notamment en géométrie). 

J'ai revu ma manière d'enseigner. Je parlerai de mon EDT plus tard, le temps de le peaufiner un peu . Mais dans l'ensemble, mes élèves sont répartis dans 3 ateliers différents.

Ce dont je voulais plus parler ici, ce sont les deux soucis que j'ai rencontré cette semaine. Ils m'ont beaucoup touchés, à des degrés différents : 

Le premier c'est mon incompétence dans le flexible. Je me suis lancée pétrie de bonne volonté et je me suis pris des pains dans la figure. Je n'ai pas suffisamment réfléchi le sujet de l'écriture et je m'en suis mordue les doigts, me faisant reprendre de volée plusieurs fois. Alors pour celles et ceux qui veulent commencer la classe flexible, je me permets de vous donner un conseil qui m'aurait vraiment été utile : communiquez avec les maitresses flexibles à ce sujet. 

En effet, l'écriture demande une posture (ce dont, j'avoue, je n'avais pas réfléchi). Pour ma part j'ai toujours fait mes devoirs dans mon lit et j'écris rarement sur un bureau. Mais après m'être pris pas mal de réflexions pour mes élèves (pas toujours sympa), j'ai ravalé ma fierté et j'ai fouiné un peu à droite et à gauche. J'ai posé des questions, j'ai fait des crises d'angoisses impossibles, et je commence à comprendre . 

L'écriture doit se faire en posture stable. Les ergo préconisent pieds à plat, dos droit et alignement coude épaule sans tension. Et là j'étais perdue. Sur les blogs flexibles, j'ai vu des élèves travailler dans plein de postures différentes sans avoir les pieds à plat, le dos droit ... Alors j'ai posé des questions, j'ai étudié les réponses. Si cela vous intéresse, je ferai un article dessus rassemblant un peu tout ce que j'ai trouvé. Mais je ne suis pas omnisciente donc n'hésitez pas à me le signaler par un com (pas par course au commentaire mais pour aider ceux qui en ont besoin). 

Autre souci, l'attitude rencontrée par des collègues. J'en souffre énormément. Je passe mes midis (sans rire) à essayer de leur faire comprendre que non, ce n'est pas une lubie, oui, c'est réfléchi, non, je ne suis pas folle. Je m'en prend parfois dans la figure. Je suis encore jeune, je suis assez extravertie et de ce fait, on ne me prend absolument pas au sérieux. Ca passe par des petits sourires en coin, des réflexions un peu déplaisantes ("Je ne mets pas les pieds dans ta classe c'est trop bizarre") à carrément des "tu es une vraie kamikaze je ne crois pas du tout en toi" (qui m'a fait mal), "c'est trop fragile ce que tu fais", "tu vas leur flinguer la posture c'est du n'importe quoi". Heureusement j'ai 2 collègues qui m'encouragent, mais dans l'ensemble, je n'entends pas vraiment de "tu vas y arriver", "c'est bien d'essayer". Oui, je tâtonne, j'essaye, je rétropédale, je teste, je me plante. Mais l'attitude générale est du genre à attendre plus le moment où je dirai "j'ai tout foiré". Ce n'est pas par méchanceté mais plus parce que pour mes collègues, j'ai le sentiment de rester la petite dernière, celle qui n'a pas vraiment de légitimité. Un peu la petite soeur qui se fait charrier par les grandes soeurs parce qu'elle tente un truc mais n'a pas l'air sérieux. Celles qui critiquent ne sont pas venues dans ma classe, ou ne comprennent pas que je tâtonne encore. Mes explications sont embrumées également car je ne suis pas encore à l'aise, d'où l'incompréhension. J'ai ma part de responsabilité là-dedans aussi, hein. Mes collègues sont très gentilles au demeurant, je pense qu'on a juste un souci de communication ou d'acceptation." Je l'ai d'ailleurs dis un midi , que je ne me sentais pas légitime. J'ai eu comme réponse "c'est pas ça, mais on ne comprend pas ce que tu fais". Je m'épuise à expliquer, mais dans le vent. Je vais à l'école avec la boule au ventre, je pleure parfois, je suis épuisée et heureusement que ma collègue adorée, mon directeur et notre super ASH me soutiennent parce que sinon je douterai de ma santé mentale. Je sais que si j'étais moins rigolote, moins extravertie, si j'avais l'air plus professionnelle, on me prendrait plus au sérieux mais je suis comme ça. Je ne peux (et ne veux) pas le changer. Je me remets sans arrêt en question, j'essaye sincèrement de m'améliorer. Visiblement on ne peut pas plaire à tous (ce dont j'ai du mal à accepter, je suis plutôt du genre à essayer de me faire aimer par tous)

Mais je souffre. Même si ce n'est pas voulu, que je les aime beaucoup, je souffre. (et je ne cherche pas à me faire plaindre).  Merci en tout cas à ceux qui croient en moi. Ca me touche beaucoup. 

 

Je vais arrêter cet article ici car j'ai encore une tonne de choses à faire. J'espère avoir éclairé un peu votre lanterne. La suite arrivera bientôt. Bon week-end à vous ! 

 

[ Petit point 2 ans après cet article : les collègue ont fini par se mettre elles aussi à travailler différemment en reprenant des idées de flexible. D'ici un ou deux ans, nous seront plusieurs à le faire. Elles ont accepté ma façon de travailler. J'ai même été approchée pour faire une intervention dans d'autres écoles pour expliquer le fonctionnement. Comme quoi, tout peut changer, à condition qu'on tienne bon (et je me suis vraiment battue pour mes idées). Mon collègue d'anglais m'a dit récemment "Toi, plus on t'en met dans la face, plus tu t'accroches." C'est vrai. Et le résultat est là. Et j'en suis vraiment fière.]

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08 septembre 2018

La première semaine en flexible

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Chers visiteurs,

Je vous écris ce matin avec mon bol de müesli (parce que je suis une maitresse qui prend soin de sa ligne hum hum ** ironie **), ma tasse de thé blanc pomme/poire/framboise (parce que je suis une maitresse accro au thé et aux mugs), mon carré de chocolat noir (parce que oups) et la série "Soeur Thérèse.com" sur TV Breizh en fond (parce que je suis une maitresse vintage qui a besoin de sa série nostalgie-qui-ne-prend-pas-la-tête après une semaine de boulot ... même pas honte !)

Bref, trêve de blabla, je vous parle de la classe flexible (après ce moment poignant où Martin Lamotte interroge la veuve du monsieur qui a été retrouvé assassiné à coup de post-it). 

Dimanche soir, je me suis couchée le ventre en vrac et le cerveau en ébulition. Tout était prêt dans ma classe (ouh la menteuse) ... disons que tout était à peu prêt là pour que ça roule. 

Lundi matin, appel de mes élèves (que je connaissais pour la plupart). On monte dnas la classe, je les ai fait asseoir sur le tapis devant le tableau et sur les tables formant un U. Et je leur ai demandé : 

" Où faites-vous vos devoirs?" 

"Sur mon bureau" a dit l'un. "Sur le canapé" a dit l'autre. "Sur la table basse du salon" a dit un troisième. "Sur mon lit", "A plat ventre" ... Ca a été le point de départ de mon explication. Avec leurs exemples, nous avons discuté sur la position pour travailler. De mon côté je leur ai avoué que je n'avais jamais fait mes devoirs sur mon bureau, mais dans le canapé ou sur mon lit. Je leur ai proposé de tester un nouveau concept : la classe flexible. En posant les règles fermement dès le début : être à l'aise pour écrire, respecter le matériel, ne pas se chamailler. 

Le matériel proposé : deux tables en plastique de jardin, deux marches-pieds, quatre porte-bloc pour écrire, des tapis, des coussins, des petits poufs en mousse, deux tables basses Gifi de camping, deux plateaux IKEA. 

Première surprise, pas de chamailleries. Je n'ai pas fait de liste de priorité (je pense que je le ferai à terme), mais dans l'ensemble ça a assez bien tourné. Ils se sont prêtés le matériel sans rechigner, ont changé régulièrement ... 

Deuxième surprise : un groupe classe sympa, à l'écoute, travailleur. A voir sur le long terme, mais à part une ou deux petites têtes fortes (mais bons élèves), ça a l'air de rouler. 

Les ajustements : au fur et à mesure des jours, j'ai fait des ajustements. Ainsi, j'ai autorisé les élèves à porter des chaussons en classe. Pour le confort, mais aussi pour l'hygiène (s'ils sont par terre avec des chaussures mouillées, gloups). J'ai insisté auprès de certains élèves pour qu'ils se placent de manière à être confortables et non juste pour utiliser le matériel. Je me suis aperçue qu'il y avait un meuble qui gênait la vision du tableau. Il va falloir que je le place différemment. Bref, des petites choses dont on se rend compte lorsqu'on a 27 élèves dans 39m2. 

Et vendredi est arrivé ... 

Et là, la cata. Depuis lundi, nous avions fait beaucoup d'oral, beaucoup de découverte de l'autre, de vivre ensemble. J'ai observé leur manière d'écrire, regardé les tests du matériel, vu comment ils s'adaptaient. Et j'ai essayé de lancer les leçons. Mon principe : une petit éval diagnostique, la leçon à construire, faire un atelier et terminer par les exercices. 

Plantage totaaaaaal !!!! Ils se sont emmêlés les pinceaux, ont fabriqués des leçons sans faire les exercices (ba oui les leçons à manipuler c'est plus rigolo à faire), n'ont pas accroché aux ateliers, ont tout mélangé dans le meuble à leçon ... L'écriture commune d'une leçon a été un échec, certains voyaient mal de tableau car ma classe est trop petite. 

C'est là aussi que j'ai découvert que j'étais armée d'une patience à toute épreuve, malgré le fait que j'avais envie de hurler/pleurer/me rouler par terre. Dans l'ensemble, ils ont été supers car malgré ce que j'ai dit plus haut, ils étaient tous en train de travailler. Je n'en ai vu aucun dessiner, faire n'importe quoi, bavarder ... top, quoi. Mais l'organisation était totalement à revoir. Trop de choses, trop d'infos, trop d'élèves (et j'ai double niveau). 

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A la fin, sans lever la voix, en restant calme (même si à l'intérieur je pleurais), je leur ai dit de tout ranger et de prendre un livre. Je me sentais désemparée, inutile, dépassée. Ils étaient fatigués, excités. Nous avons terminé la matinée à reprendre point par point qui avait fait quoi, pour que je puisse revoir l'organisation ce week-end en fonction de ce qu'ils avaient fait. Nous avons discutés sur le bruit, la meilleure manière de s'organiser, pour eux comme pour moi. 

 Le midi, je me suis posée avec une tasse de thé, au calme, et j'ai réfléchi

- On était vendredi. Ils étaient fatigués par cette première semaine, toutes ces nouveautés. 

- L'organisation spatiale était à revoir. La classe est trop petite (je ne le dirai jamais assez). En comptant les meubles, j'ai 1m2 par élève environ. Je ne peux pas avoir du flexible et trop de tables en même temps. N'ayant pas décelé de gros problèmes d'écriture, il va falloir que je retire une ou deux tables pour dégager l'espace. Avec des plateaux, des tables en plastiques et des porte-bloc, l'écriture est aisée également. Je n'ai pas la possibilité comme dans d'autres école d'avoir chaque élève avec une place assise et du matériel en flexible. 

- J'ai la chance d'avoir un meuble atelier que j'utilise mal. J'ai mis les leçons dedans. Je vais tout retirer et faire un casier par élève. En effet, j'ai regroupé dans différents points de la classe les cahiers. Sauf que le problème reste le même : on ne peut pas circuler donc l'accès aux cahiers est compliqué. Exit cette organisation, chaque élève aura une case dans le meuble pour ranger cahiers, trousses, ardoise.  

- Comment faire pour l'accès au tableau ? Tous les élèves ne peuvent pas le voir. Et pour l'art visuel ? Alors j'ai appelé au secours. Et j'ai eu des réponses (instagram est magique). Certaines maitresses m'ont conseillé de faire quelques photocopies pour les élèves qui n'ont pas de visibilité au tableau. D'autres m'ont dit de faire des groupes et que ça tourne (atelier copie, atelier poésie etc). D'autres encore de faire des photocopies des leçons et de mettre dans le plan de travail une partie "copie de leçon". Des collègues m'ont rassurées en disant que je pourrais avoir ponctuellement accès à la salle d'art reconvertie en salle maternelle. Bref, merci, merci, merci. 

- En discutant, j'ai découvert que pas mal de collègues ont eu une journée pourrie vendredi. Ou une semaine pourrie. Ouf, je ne suis pas seule. 

Il va y avoir encore pas mal de boulot, pas mal de questions, pas mal de déconvenues. Mais je reste confiante car mes questions trouveront toujours des réponses, les déconvenues seront passagères et le travail va se régler en temps et en heure. Lundi soir, je fais ma réunion parents-prof. Je sais que je vais avoir des questions, des angoisses à apaiser, des justifications à donner. Il va peut-être falloir me battre contre certaines idées reçues, faire passer aux parents que le bien-être de leur enfant m'importe beaucoup plus que les directives ministérielles, que non, un élève qui travaille par terre ce n'est pas choquant (ils ne sont jamais assis par terre chez eux?) 

J'ai quitté l'école à 18h tous les soirs et je pense continuer encore jusqu'à ce que tout soit fait (d'ici fin septembre/début octobre). Je réfléchis chez moi à ce que je peux faire, et là je sais que je vais y passer mon week-end. Mais rassure-vous, je pense aussi à moi. Je continue d'entretenir ma passion pour les livres, les mugs, le thé et le chocolat.

Aux collègues qui passent par là et qui ont eu eux aussi des déconvenues cette semaine, je dirai : 

Haut les coeur, on va y arriver ! 

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(N'hésitez pas à me raconter votre expérience de cette première semaine, à réagir ... si des parents passent par là, n'hésitez pas à donner votre avis, votre ressenti si votre enfant est en classe flexible)

(Je prendrais des photos la semaine prochaine si vous le désirez, pour vous montrer l'organisation) 

 

 

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25 juillet 2018

Les dictées

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Je suis une inconditionnelle des dictées, en revanche je ne suis pas de méthode particulière pré-existante. Je bidouille dans mon coin, avec toujours pour objectif de réviser tous les jours les notions d'orthographe. Mes élèves n'ont d'ailleurs pas de leçons d'orthographe à proprement parler (sur les homophones a-à, on-ont etc, j'entends) car nous les voyons tous les jours et les règles sont affichées au dessus du tableau.

La répétition fait loi, au début c'est la catastrophe. Les fautes sont nombreuses, mais au fur et à mesure, je remarque une très nette amélioration, surtout en ce qui concerne les règles d'orthographe (à/a, et/est, quand est-ce qu'on met le verbe à l'infinitif ...). J'aime d'ailleurs demander aux élèves aux alentours de Mars/Avril de reprendre leur cahier au début de l'année et de constater par eux-même leurs progrès ... ils en sont ravis ! 

Je me base sur les dictées flash, mais je fais mes listes de mots moi-même, en fonction d'un thème ou d'une petite histoire, en fonction de mots qui peuvent leur servir dans les exercices d'expression écrite. Les mots pour la classe entière sont en noir, les mots en plus pour les CM1 sont en rouge (je garde ce code pour l'écrire au tableau). Idem pour les phrases. 

Le lundi, mardi et jeudi, nous faisons une dictée d'entrainement. Les mots sont ceux de la liste ou ceux qui ont déjà été vus. Les CM1 ont une ou deux phrases de plus et quelques mots en plus à apprendre. Toutes les règles sont au mur, ils s'en servent comme ils veulent. Le but n'étant pas d'exercer la mémoire mais la réflexion, c'est à eux de trouver la bonne écriture entre a/à, et/est, on/ont selon l'explication qu'on a donné quand on a rencontré cette règle pour la première fois... 

Lorsqu'ils ont terminé, je leur demande de se relire. Ils ne le font jamaiiiiiiis. Je songe à mettre en pratique cette année la relecture à deux, avec négociation des fautes qu'ils trouvent. 

Puis nous faisons la correction au tableau. J'écris la dictée avec plein de fautes (je sais pertinemment que certains vont hurler, car on ne doit pas écrire de fautes au tableau, les élèves vont se perdre, etc, mais je le répète, c'est ma manière de fonctionner et elle ne marche pas plus mal qu'une autre. Si elle ne vous plait pas, rien ne vous empêche de passer votre chemin.)

Les élèves sont ravis de me corriger (au fur et à mesure de l'année, j'entends des "haaaan mais ça ne s'écrit pas comme ça!" chuchotés dans mon dos au fur et à mesure que j'écris au tableau). Attention, hors de question de jeter une réponse au hasard : chaque réponse proposée doit être justifiée. C'est notre moment de discussion, où je joue celle qui ne sait rien ("mais pourquoi je dois mettre un "s"? Pourquoi je dois écrire "à" ?). Si un élève propose la bonne réponse mais ne peut pas me l'expliquer, un copain se charge le faire. Si un élève propose une correction fausse, j'écris la proposition et je les laisse débattre sur la bonne orthographe.

Lorsque tout est corrigé et expliqué, ils corrigent les fautes dans leur cahier. J'en profite pour faire une affiche si on vient de découvrir un point d'orthographe ou de passer dans les rangs pour vérifier que la correction est sérieuse.

Le jeudi, en plus de la dictée, je donne la liste pour la semaine suivante. Les élèves la copient dans leur petit carnet de mots. 

Le vendredi, c'est la dictée finale. Pas de correction commune, c'est moi qui entre en scène ! Je corrige et je note (sous forme de points de couleur) les progrès en orthographe, la connaissance des mots et les confusions éventuelles. 

Voilà mon fonctionnement depuis 2 ans, et pour le moment j'en suis très satisfaite. Ma période 1 étant déjà prête, je vous la partage afin que vous puissiez vous faire une idée. (oups je n'avais pas vu que les "é" ne sont pas pris en charge dans les liens ^^) 

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Bonne journée à tous ! 

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08 juillet 2018

La classe flexible : je cogite !

 

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C'est décidé, l'année prochaine, je saute le pas ! A moi la classe flexible, mon directeur m'a donné son accord et son soutien. Inutile de dire que je suis super excitée et un tantinet anxieuse. Heureusement, les blogs de classe flexible sont légions sur internet et m'aident énormément à appréhender cette nouvelle forme d'enseignement. 

Mais la classe flexible, keskeucé ? 

C'est un enseignement basé sur le confort de l'élève afin de maximiser ses capacités cognitives. Ce n'est pas une classe où on fait la sieste. Le matériel à disposition est réfléchi et adapté pour que les élèves puissent choisir leur façon de travailler à la hauteur de leur physionomie (combien d'entre nous ont des élèves qui ne touchent pas le sol car les chaises sont trop hautes?) ou bien de leurs préférences (pour ma part, je n'ai jamais pu faire mes devoirs sur un bureau, j'étais toujours sur mon lit!). 

On trouve donc, dans la classe flexible, beaucoup de matériel de psycho-motricité : ballons, tapis, galettes de chaises, coussins, tables traditionnelles, tables basses, tabourets ... au départ, ça peut destabiliser car la salle de classe ne ressemble plus à une salle traditionnelle (mais plus à un espace de vie en communauté). L'adaptation est parfois compliquée, il faut vraiment intégrer le concept, arriver à le transmettre aux enfants ... mais je n'ai encore jamais vu d'enseignant abandonner pour revenir à une classe frontale (ce qui me rassure, je l'avoue ^^). La communauté de la classe flexible est très soudée, et nombreuses de mes questions ont été résolues grâce à des bloggeuses ou des maitresses la pratiquant (je les remercie beaucoup d'ailleurs!)

Bref, j'ai déjà commencé à constituer le matériel qui me servira l'année prochaine. En effet, l'été nous permet d'avoir plein de possibilités, entre les tables en plastique, les galettes de chaise, les coussins d'extérieurs ... J'écume Action, Stokomani, Gifi, la Foir'Fouille. Voici un petit aperçu : 

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Un tableau Velleda amovible 

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Quatre tables en plastique (que je mettrais avec des tabourets marche-pied), et deux tables basses de camping 

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Deux Lap-Desk et six tablettes à feuilles

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Des galettes de chaises, un tapis de regroupement (en fait une natte de plage, plus simple à nettoyer), un tabouret pouvant faire office de table et deux ballons fitness (je compte en reprendre deux supplémentaires) 

 

Je garderai un U de 5 tables devant le tableau, et 2 tables pour les groupes d'arts visuels. Ma classe est très petite, mais j'ai bon espoir de dégager de la place. Les chaussons seront aussi de rigueur pour plus de confort. Restent deux soucis : je n'ai pas de couloir (donc stokage des cartable compliqué) et les porte-manteau sont directement dans la classe. Ce qui m'embête car les manteaux mouillés goutant sur le sol ne sont pas vraiment l'idéal quand on veut s'appuyer contre le mur pour travailler ... et je n'en ai même pas assez pour tout le monde. Si vous avez des idées, n'hésitez pas ! 

 

Des blogs de classe flexible : Maitresse Aurel ; L'école des Juliettes ; Maitresse Sev ; Mais que fait la maitresse ; Maitresse Cat63 ; Maitresse de la Forêt

 

Je vous tiens au courant de mes avancées dans le monde incroyable de la classe flexible ! 

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02 juin 2018

Il était une sorcière ... - Retz

 

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Cette année, j'ai testé le livre d'expression écrite "Il était une sorcière" des éditions Retz. Elle était réservée pour les CE1-Ce2, aussi ai-je légèrement dévié du projet initial. 

Le principe de ces livres est génial. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce livre ne possède pas de texte, seulement les illustrations. Sont aussi inclus des tonnes de conseils et de fiches d'expression écrite pour pouvoir amener les élèves à écrire leur propre version de l'histoire. Tout est fourni dans le CD, tout est clé en main, il n'y a plus qu'à suivre. 

De mon côté, pour cette première, je n'ai pas suivi les fiches d'expression écrite. Je souhaitais me concentrer sur les images, et la plupart de mes élèves avaient déjà eu une initiation au conte l'année dernière. Je voulais voir ce dont ils étaient capables. 

On a donc commencé à regarder les images les unes après les autres pour définir : le personnage principal (la sorcière), les sentiments éprouvés par le personnage principal et les autres personnages, les différentes étapes, les décors ... on a pris en note sur le cahier d'écrivain. 

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Puis j'ai donné aux élèves les images (en noir et blanc). Pour chaque image, ils devaient me faire un petit texte très court (une ou deux phrases) pour décrire ce qu'il se passait. Je corrigeais ensuite (notamment au niveau de l'accord des verbes, n'ayant pas encore vu l'imparfait pour les CE2). Les mots simples mal orthographiés ou les fautes d'accords étaient soulignés et les élèves devaient se corriger eux-même. Si je voyais que le contenu était trop pauvre, je discutais avec l'élève afin d'étoffer un peu en lui posant des questions. 

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Lorsque tout a été terminé, Les élèves ont reçu les images en couleurs. Sur des feuilles de canson blanc, ils ont collé les images. Une feuille lignée leur a été distribuée (pour qu'ils écrivent droit). Ils ont simplement recopié le texte produit sur le cahier d'écrivain. Enfin, nous avons étudié des couvertures de livres. Les élèves ont vu qu'il fallait pour chaque livre un titre, une illustration et le nom de l'auteur. Sur une dernière feuille de canson, ils ont donc créé leur couverture ... et voilà le résultat : 

Sans titre 1    Sans titre 2

  Sans titre 3   Sans titre 5

 

Sans titre 6        4

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 Une expérience à refaire l'année prochaine ! Merci aux éditions Retz pour ces beaux supports. (je précise que je n'ai pas "trié" les couvertures pour ne montrer que les plus jolies, je n'ai qu'une poignée d'élèves qui a entièrement terminé pour le moment ... j'ai aussi caché les noms des élèves) 

 

Pour l'année prochaine (encore un CE2-CM1), je ne sais pas encore quelle histoire aborder, comme je vais avoir à nouveau des élèves de cette année. J'ai plusieurs autres livres de ce genre dans ma bibliothèque et j'hésite entre :

 

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9782725635873 (j'aviserai au niveau des fiches CE2, si je dois adapter ou non pour les CM1 de très bon niveau)

9782725636306 (nouvel arrivant dans ma boite aux lettres avant-hier, il est superbe! Idem qu'avec le roi de la mer) 

 

J'ai vraiment hâte que les éditions Retz publient aussi des livres de ce genre pour les CE2-CM1 (en projet ?), car les élèves en sont absolument fan ! 

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06 avril 2017

Séance sur Questionner l'espace (en gros, la géographie)

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Séance de "Questionner l'espace" (titre pompeux pour dire qu'on fait de la géographie).

Objectif : repérer les continents.

Je projette un planisphère au tableau. 
"Que voyez-vous?" 
"Une toile d'araignée !" (en effet)
On enlève la toile d'araignée, et on arrive à entourer des continents. Distribution d'une carte vierge à colorier.

"Quel est le premier continent qui est colorié sur la carte?"
"L'Amérique" (ouf) 
"Vous prenez votre crayon de couleur vert et vous coloriez exactement comme sur la carte." 
Et ainsi de suite pour les autres continents.

Bilan : 
A s'est vantée d'avoir une tonne de crayons neufs dans sa trousse. Mais elle n'avait pas de rouge pour colorier l'Europe. Ni de marron pour colorier l'Océanie. Ni de orange pour colorier l'Afrique. Par contre, elle avait la nuance pêche, fushia et topaze. 
N avait perdu sa colle. J la lui a prêté gentiment. En renversant la trousse d'E. 
L n'avait pas de crayon de couleurs taillés. S croyait qu'il fallait colorier la mer. M a cassé son taille crayon en plein milieu du coloriage de l'Asie. E a cassé méthodiquement tous ses crayons pour qu'ils fassent la taille d'un demi cure-dent. N a retrouvé sa colle sous la chaussure de T. 


E était à quatre pattes pour récupérer ses affaires échappés de sa trousse renversée par J. Y. a commencé à découper les continents. 
R n'avait pas de jaune. G avait pas de orange. C n'avait pas de vert. S a cru que le marron, c'était du violet. D a décidé de faire son artiste et a fait un patchwork de couleurs digne de "Mo petit poney sous acide". T a tellement colorié fort qu'il a troué sa feuille. L a tout colorié de la même couleur. Même les océans. 
A était fière de me montrer l'Amérique sur sa feuille. J lui a fait remarquer que c'était l'Afrique. A ne l'a pas cru. J a tenu bon. A a fini par remarquer sur le planisphère un énorme "Afrique" sur le continent qu'elle montrait. 


Y. a regardé sa feuille, le tableau (avec la consigne en gros), il a regardé les autres s'agiter et a finir par m'appeler "Maitresse, faut faire quoi?" 
A et J ont prétexté ne pas avoir de jaune pour "prendre les crayons de la maitresse, car ils colorient mieux". Y. a commencé à ronger son crayon comme un castor. T a cassé sa mine de orange. 3 fois de suite. S a perdu sa feuille. E s'est retrouvée avec trois taille-crayons sur sa table. M a marché sur la colle de E qui avait roulé hors de sa trousse. Et a marché sur E au passage.

N m'a dit qu'elle n'avait pas de crayon rouge. J'ai soupiré et je lui ai dit de prendre le rose foncé.

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18 janvier 2017

Un double niveau ... où la meilleure manière de devenir schizo ^^

Le bébé prof que je suis découvre la vie du double niveau depuis septembre. En grande enthousiaste, j'essaye souvent de regarder les bons côtés de cet arrangement, tout en me disant que c'est quand même un sacré challenge. 

 

Après ma première année de CM1, j'ai débarqué dans deux nouveaux niveaux que je ne connaissais absolument pas. Le CE1-CE2 m'a ouvert les bras, mais j'ai souvent eu l'impression de me retrouver comme un petit piou piou tombé loin du nid, à essayer de nager contre le courant et à ne pas m'emmêler les pinceaux. Au-delà de cela, j'ai une pensée vraiment forte pour ma collègue de CP-CE1, mais en vérité elle déchire tellement que j'ignore si elle est une extraterrestre venant de la planète Parfaite ou la réincarnation de Jules Ferry (avec une pointe de Régis G.).

 

Que dire également de mes autres collègues qui jonglent avec dextérité entre les projets, les programmes, les compétences à valider, le tout en glissant par ci par là une petite situation complexe ou un plan de travail au poil. Quand je traverse la salle de ma collègue de CE2, je suis épatée par la rigueur de son programme et par la méticulosité/ précision de l'enseignement dispensé. Les plans de travail de ma collègue de CM1 et l'organisation de mes collègues de CM2 me rendent baba, tout comme leur faculté à tout faire fonctionner comme sur des roulettes. Le calme zen de ma collègue de CE1 qui arrive à gérer ses 24 loulous deux fois par semaine "finger in the nose" avec le sourire est formateur.  Et quand je vois la qualité des affichages et des cours de ma collègue de CP, je me dis que j'ai encore pleiiiin de choses à apprendre. Quant aux collègues de maternelles, elles font un travail à tomber par terre, parce que laissez moi vous dire que pour canaliser les petits toute la journée, il faut vraiment être une wonder woman

 

Vous l'aurez compris, je suis entourée de wonder women. Elles déchirent. C'est un peu comme si je débarquais à Disney comme touriste et qu'elles étaient les personnages qui défilent avec classe. 

 

yeux partout

 

 

Moi, je suis encore un petit piou piou. Avec une classe choupinette, heureusement. Et toute cette année est dévolue à apprendre, encore et encore, au contact des autres, afin de pouvoir développer des automatismes et des techniques de travail. 

 

Quand j'ai pris le double niveau, j'étais enthousiasme. J'avoue que je le suis toujours. Même si parfois je raloute. N'empêche que pour se former, apprendre la rigueur, l'organisation, y'a pas mieux. Moi qui suis assez désordonnée, assez tête en l'air, assez gaffeuse, j'apprends à classer, à ranger, à me scinder en deux. Un classeur pour chaque matière, dans chaque niveau (sauf quelques cours gérés en classe entière). Un programme pour chaque niveau. Apprendre à occuper l'autre niveau pendant que je suis avec le premier. Passer des heures à chercher des exercices qu'ils peuvent faire en autonomie.

 

 

Dans la classe, deux ilôts. Un pour les CE1, un pour les CE2. Dans l'armoire, deux colonnes de rangement pour les photocopies. Une pour les CE1, une pour les CE2. Le matin, c'est jonglage : lecture orale avec les CE1 pendant que les CE2 planchent sur leur lecture silencieuse ou leur fichier de calculs. Dictée avec les CE2 pendant que les CE1 résolvent des opérations. Découverte du verbe avec les CE1 pendant que les CE2 réfléchissent sur les groupes nominaux. Manipulation des milliers avec les CE2 pendant que les CE1 apprennent à écrire jusqu'à 200 sur le fichier de maths.

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L'après-midi est plus commun : l'écriture, la poésie, l'art visuel, l'EMC, l'anglais. Je sépare le temps et l'espace, mais fais les sciences en commun. Je prends également en compte lors de ces séances en commun que je risque peut-être d'avoir quelques élèves encore l'année prochaine (si je reste dans ce niveau, ou si je monte en CM1). J'essaye donc de varier, de me laisser une porte de sortie pour l'année prochaine au cas où. Je double mon temps à la photocopieuse, et j'essaye de ne pas mélanger les paquets (et de ne pas en oublier un, comme ça arrive souvent). 

 

N'empêche, c'est profondément frustrant, car on a envie d'être présent à 100% pour les deux niveaux ... mais c'est impossible. Etre en double niveau, c'est préparer deux années en une. Deux programmes en une année. Se dédoubler au quotidien. Etre capable de passer de l'étude des verbes en "er" au présent pour un niveau à la découverte de la phrase pour le second. C'est finir la préparation d'une journée/d'une période/d'une séquence pour un niveau et devoir tout recommencer à zéro pour l'autre niveau. C'est aussi multiplier les différenciations par deux. Jongler avec les difficultés, en se cassant la tête car Untel est en CE2 mais n'a pas compris la base de telle chose en CE1 ; essayer de le faire suivre lorsque tu reprends la notion avec tes CE1, mais avoir les parents derrière qui font un tollé parce que leur enfant est en CE2 et que tu lui fais faire des trucs de CE1. Ne pas être capable encore de tenir tête et de leur dire fermement que le but est que leur enfant comprenne, peu importe le niveau. 

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Etre en double niveau, c'est aussi faire face à des parents qui ne comprennent pas.

Exemples piochés à droite, à gauche: 

Mon enfant est en CE2, pourquoi l'avoir mis en CE1-CE2? Quelle humiliation ! Est-ce parce qu'il est faible ? Donc il suivra des cours de CE1 et ne fera pas le programme de CE2? C'est inadmissible. Et pourquoi ne pas l'avoir mis en CE2-CM1? Il est capable de suivre, il a le niveau, la maitresse pourrait presque lui faire suivre les cours de CM1 ! Mon enfant a honte, vous comprenez, il pense qu'il est dans une mauvaise classe parce qu'il est avec des "petits". Vous comprenez, ce n'est pas contre vous, mais c'est quand même humiliant. Mon enfant est en CE2, il était excellent l'année dernière. Vous savez, vous avez un sacré groupe, n'éhsitez pas à leur donner des devoirs. 

D'autres parents ne comprennent pas plus. Mon enfant est en CE1, il est précoce, puisqu'il est en CE1-CE2. Il est intelligent ! Pourquoi d'ailleurs ne le faites vous pas passer dans le niveau au-dessus ? On s'en moque, puisque c'est dans la même classe. Vous savez, mon enfant écoute ce que vous dites aux CE2, il comprend tout, il est tellement intelligent ! Passez-le dans la classe supérieure. Parce qu'on l'a décidé. Et si ce n'est pas le cas, on fera un scandale. 

Parce qu'on s'en moque, de la maitresse, de ce qu'elle peut ressentir en entendant ça, de ses conseils, de toute façon on connait mieux le métier qu'elle. 

 

Alors la maitresse encaisse les mots durs, les colères et l'incompréhension.

Elle s'épuise à répéter la même chose : non, votre enfant n'est pas précoce parce que vous l'avez décidé. Non, votre enfant ne se sent pas humilié, il vient en classe avec le sourire et il s'y sent bien. Non, votre enfant de Ce1 ne fera pas le programme de la classe du dessus parce qu'il est en CE1-Ce2. Non, votre enfant de CE2 ne refera pas le programme de CE1 parce qu'il est en CE1-CE2. Oui, votre enfant de CE2 refait des choses apprises l'année dernière car les programmes ont changé, donc ce n'est pas la peine de me demander "et au final, vous comptez leur faire faire des choses de CE2?". Non, vous ne connaissez pas mieux le métier que nous, ni les programmes. Non, votre enfant ne passera pas dans le niveau du dessus parce qu'il a terminé tous ses exercices avant les autres. Oui, je connais mon métier, même si je passe mo ntemps à évoluer ma manière de l'appréhender. Non, je ne suis pas votre domestique à qui on donne des ordres. Oui, je suis un être humain, pas un robot, j'ai une vie de famille, donc je ne peux pas vous recevoir en rendez-vous quatre fois dans le même mois à 20h30 parce que vous voulez que votre enfant change de classe. 

 

 

Il y a des moments de victoire aussi. Lorsque toute la classe collabore pour un projet et que les grands aident les petits. Quand la matinée se déroule au poil et que le jonglage est si facile qu'on arrive à ne pas terminer la journée sur les rotules. Quand je leur lis une histoire et que petits et grands sont rivés à mes lèvres. La vie de classe est aussi faite de moments de rires, de partage, de fierté, de tonnes de dessins et de "maitresse t'es trop belle" mais cela fera le sujet d'un autre billet. Je retourne à ma préparation de fin de semaine, presque bouclée, et je vais boucler mon cartable pour attaquer deux jours avec l'air vaillant, le bonnet vissé sur la tête et le nez bouché. 

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We are the champions ! 

 

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